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Mydata 2016 – Services et systèmes du Self Data, tous des Pims ?

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Auteur : Manon Molins

Date : 5 octobre 2016



Si Mydata 2016 a été l’occasion de rassembler les acteurs, de partager une vision commune et de réfléchir ensemble à la révolution des données personnelles partagées, cela a également permis à beaucoup de porteurs de projets de rendre visibles leurs solutions qui visent à donner aux individus un peu de contrôle sur leurs données. L’occasion de découvrir la multitude d’initiatives qui tentent de démontrer que le Self Data n’est pas qu’un discours, mais bien une réalité.

Au coeur des trois jours de l’événement Mydata à Helsinki, un mot était d’ailleurs sur toutes les lèvres : “Pims” (Personal Information Management services/systems). Certains des projets présentés s’en revendiquent, d’autres moins. Il a soulevé de nombreuses interrogations, quelques frictions (Jamie Smith, du cabinet de consultant CtrlShift appelant Facebook un « Pims » sur la scène centrale n’a pas été du goût de tout le monde…) et des jeux de mots plus ou moins savoureux. Aujourd’hui encore, nous ne sommes pas très sûrs de ce que ce mot couvre réellement, seulement qu’il s’agit de solutions destinées aux individus pour gérer leurs données personnelles, en tirer une valeur d’usage.

Ce billet est l’occasion de creuser ce terme, et de regarder d’un peu plus près les outils et solutions présentés à Mydata 2016.

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L’entrée de Mydata2016, au Helsinki Hall of Culture

« S » pour « services » ou pour « systèmes » ?

Valérie Peugeot le faisait remarquer lors de sa conclusion : deux approches sont aujourd’hui envisagées pour aider les individus à reprendre le contrôle sur leurs données. Une approche « verticale », avec des outils, des applications, des plateformes dédiées à un secteur, qui permettent aux individus de gérer leurs données de santé, leurs données d’énergie, leurs données bancaires, leurs données d’identité… Et une approche « horizontale » composée de plateformes transverses qui permettent aux individus d’agréger des données de différentes sources et de profiter ensuite de services tiers plus spécifiques au sein de la plateforme.

1 – Pims pour Personal Information Management Systems

A Mydata 2016, les Pims avec un « s » pour « système » étaient légions. Du prototype à celui prêt à être mis sur le marché, une petite dizaine d’entre eux étaient présents, d’au moins 6 pays différents. Un secteur en pleine expansion, il y a deux ans, nous n’avions jamais entendu parler des 3/4 d’entre eux !

Ces services font la promesse de fournir aux individus un environnement sécurisé où stocker de manière décentralisée toutes leurs données ainsi que des moyens d’en contrôler l’accessibilité par des applications tierces – tournant dans l’environnement sécurisé – qui leur fourniront un service précis, issu par exemple du croisement de plusieurs de leurs données.

Deux Français étaient présents. Cozy Cloud, que nous connaissons bien chez MesInfos, représente ce Pims à l’approche systémique. Lors de la session « Data empowered every day life », Benjamin André, le fondateur, a pu présenter sa plateforme permettant aux individus d’agréger des données de différentes sources (objets connectés, photos, mails, calendrier, factures, données bancaires…) et de les stocker, de les administrer sur leur propre Cloud Personnel. Et de nous présenter ensuite un cas d’usage concret : en croisant mes données bancaires et mes données précises de facturation/consommation détenues par une organisation qui prélève mon compte mensuellement (par exemple mon fournisseur d’énergie, d’accès internet, …), je pourrai, en cas de découvert, recevoir une alerte m’indiquant que le prélèvement qui va être réalisé ne sera pas accepté par ma banque ; surtout, je pourrai remédier à la situation en entrant en contact avec cette organisation pour, pourquoi pas, déplacer la date du prélèvement, le temps de me retourner financièrement.

MatchUpBox (dont le service s’appelle Pikcio), présenté par Clara Schmitt, se réclame également du nom de Pims. Espace de stockage, d’administration et de partage des données et fichiers avec des organisations, d’autres individus ou des services tiers. L’originalité du service repose sur son architecture (les données sont stockées dans un réseau P2P distribué) et sur son aspect « réseau social », très VRM, qui permet de créer une véritable conversation non seulement entre les utilisateurs, mais aussi entre les utilisateurs et les organisations.

De l’autre côté de la Manche, on applique la même logique. Dans la session « Future of Digital Self » Rory Donnelly nous embarque dans le monde de l’ “Internet of Me” avec Digi.me, qui se concentre sur les données de comptes de réseaux sociaux, les agrègent et propose un moteur de recherche intégré. Mais les ambitions de Digi.me sont bien plus “horizontales” que la concentration sur les données de réseaux sociaux. A terme, ce service ambitionne de devenir une véritable plateforme, agrégeant et stockant de manière sécurisée et décentralisée les données de ses utilisateurs et leur permettant d’administrer le partage de leurs données avec des organisations ou des applications tierces qui leur proposent un service thématique. A titre d’exemple, une application tierce me permettrait de calculer les critères que mon assurance ou ma banque pourraient appliquer à mon profil (pour calculer des offres, des taux, …), et de choisir de les partager ou non avec eux.

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Rory Donnelly pour Digi.me

L’Italie était représentée par Michele Vescovi lors de la session “Use Case Example and case studies” avec la plateforme MyDataStore, créée par le premier opérateur de téléphonie mobile Italien (Telecom Italia Mobile). Elle permet aujourd’hui aux habitants d’une ville italienne (il s’agit d’un projet pilote), de récupérer leurs données de mobilité et de consommation grâce à un partenariat avec une grande chaîne de distribution (Coop) et de bénéficier de services tiers. Bien d’autres plateformes de ce type ont été présentées dans différentes sessions : Meeco (Australie), Personium (Japon), FreedomBox (Autriche), HAT (R-U), …

“Personal Data Store”, “Personal Cloud”, “Plateforme”, … qui appartiennent au mouvement du “Self Data”, de “Mydata”, de l’”Internet of Me”, de l’”API of me”, … chacun se désigne comme il l’entend, mais partagent des caractéristiques communes :

>> Une promesse : permettre aux individus de contrôler leurs données et d’en tirer une valeur d’usage

>> Une vision architecturale : la décentralisation du stockage des données personnelles, même s’ils proposent des solutions différentes (P2P, Cloud personnel, local…) et l’idée de casser les silos de données pour les administrer, les croiser, au sein d’un même espace personnel.

>> Un besoin : on en revient toujours là, si les individus peuvent aujourd’hui collecter plus ou moins facilement leurs données de navigation, de réseaux sociaux, de mails, d’objets connectés, etc, celles détenues dans les systèmes d’information des entreprises sont bien moins accessibles et ne leur seront restituées qu’à la discrétion de celles-ci. Il faut donc que les Pims nouent des partenariats avec les organisations pour qu’elles acceptent de déverser les données de leurs clients dans les espaces personnels de ces derniers. C’est ce que fait aujourd’hui la Maif (et d’autres entreprises dans le cadre du pilote MesInfos) avec Cozy Cloud : Romain Liberge, CDO, l’annonce le deuxième jour de la conférence “La Maif va équiper ses trois millions de clients de Cozy Cloud et leur permettre de récupérer leurs données”.

2 – Pims pour Personal Information Management Services

Si une dizaine de plateformes transverses étaient présentes, les services thématiques n’étaient pas en reste. Des services pour gérer ses données bancaires, de consommation d’énergie, de santé, ses traces de navigation…

Des outils “protection de la vie privée et consentement” qui deviennent une nécessité ?

L’un des arguments phares de la conférence : protéger sa vie privée devient une priorité, les individus ne veulent plus être traqués. Les grandes organisations l’ont bien compris et s’engagent dans cette voie, se dotent de Data Privacy Chief, signent des chartes… Cécile Wendling, d’AXA, nous a parlé lors de la session “Insurance & Finance” de leurs initiatives en matière de privacy et de data literacy : depuis l’ouverture de certaines de leurs données, à l’éthique des algorithmes, en passant par l’amélioration de leurs CGU, elle démontre que ce sujet, important pour les clients, devient important pour les entreprises également.

Mais beaucoup de porteurs de projets n’ont pas attendu que les organisations s’y mettent. Et de plus en plus de services proposent aux individus de gérer leurs données d’identités, de mieux contrôler les consentements qu’ils accordent à certains services. Doc Searl le dit lors de son intervention plénière, ce n’est pas anecdotique si les adblockers sont aujourd’hui largement utilisés : “le succès actuel des Adblockers est celui du plus grand boycott de l’histoire. Le système de la publicité personnalisée est profondément dysfonctionnel. Les sites qui en vivent croient que les Adblockers sont leurs ennemis, alors qu’ils vont les sauver.”

C’est alors peut-être le signe d’une généralisation des outils de contrôle de ses identités et traces numériques. Etait présent Types (Test Your Privacy), un projet européen qui cherche à valoriser les outils permettant aux utilisateurs de détecter la collection de données par des tiers, ou encore SingleID, qui permet de remplir automatiquement ses formulaires d’identification. Si nous connaissons bien mieux les Ghostery et Tor de ce monde, la profusion de ces initiatives – et ce malgré le privacy paradoxe qui postule que si l’on se déclare inquiet du tracking, on ne fait pourtant rien pour l’endiguer – ouvre aux individus une première porte dans le monde du Self Data. Si la première étape est de protéger mes données, la seconde sera-t-elle de m’en saisir pour en tirer une valeur d’usage ?

Un service, un usage

C’est ce que souhaite Andrew Vorster, qui pose en exemple son propre parcours lors de la session “Future of Digital Self”. Revenant d’un voyage autour du monde, amateur de rock, de grosses cylindrées et de zombie parade, il est très déçu de recevoir un mail de sa banque lui faisant une offre personnalisée pour… une carte gratuite de visite des musées nationaux : “Si ma banque, qui dispose de la meilleure source de données possible pour en savoir plus sur moi – ma carte de crédit – n’est pas capable de me faire une offre correcte, alors je veux emmener mes données ailleurs !”.

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Andrew Vorster

Les services qui permettent aux individus de gérer leurs données bancaires sont en effet les plus représentatifs – ils proposent une valeur d’usage immédiate et récurrente (gérer son budget, créer des alertes, …) et mobilisent des données qu’il est facile pour eux de récupérer. Les nombreux services de lifeloging, pour créer automatiquement le journal de sa vie et en tirer des enseignements – comme Aikani (développé par des étudiants finlandais, Aikani signifie “mon temps”) présent à MyData – sont également représentatifs de cette dynamique. Deux autres exemples de projets témoignant à la conférence : Mydata.coop et Hellodata – deux services d’agrégation, de traitement et/ou de partage des données le premier pour la santé le second pour l’énergie.

Tous ces services se basent donc sur les données de leurs utilisateurs pour permettre à ces derniers d’en tirer de la connaissance et des leviers d’action. Le livret « Self Data » que nous avons publié il y a un peu plus d’un an contient un chapitre entier sur les services qui permettent aux individus de tirer des bénéfices, une valeur d’usage, de leurs données : mieux comprendre certains aspects de sa consommation, de son quotidien, se faciliter la vie, contribuer à la recherche… Beaucoup ignorent encore l’existence d’une dynamique collective, incarnée par cette conférence et, on le soupçonne, ne se voient pas forcément comme redonnant du contrôle aux individus sur leurs données, mais envisagent plutôt les données comme la matière première de leur service.

Pour conclure, “S” pour services ou système, cela a finalement peu d’importance pour le moment. La question n’est pas de savoir si tous ces services se reconnaissent dans le terme Pims, qui parle à certains, moins à d’autres (notamment ceux qui lui reprochent d’englober un peu trop de choses). Par contre, il est clair que nous avons besoin de collaborations entre les services, entre les plateformes qui permettent aux individus de remettre la main sur leurs données  - Digi.me avec Cozy, Cozy avec Mydastore, MydataStore avec HAT, … Cela pose des questions d’architectures, de protocoles mais surtout de gouvernance. Et Valérie Peugeot d’insister en conclusion de l’événement sur la nécessité de “Coopétition” à mesure que ce marché et cet écosystème – des Pims, du Self Data, de “l’Internet of me” ou quel qu’en soit le nom – se développent.





Cet article a 3 commentaires


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