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Retour sur MyData 2017 : la naissance d’un réseau durable

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Auteur : Manon Molins

Date : 10 octobre 2017



3 jours, 2 villes (Tallinn et Helsinki), plusieurs centaines de participants de pays différents, la deuxième édition de la conférence MyData a été l’occasion pour notre petite communauté de se retrouver, un an après la première rencontre. Mais de quelle communauté parlons-nous ? Qui se trouve derrière ce “réseau” MyData et quels objectifs poursuivons-nous ?

Pendant 3 jours, chacun a pu trouver son bonheur : juriste, designer, technicien, acteur public, privé, professionnel de la donnée, du marché, du RGPD… Il y’en avait pour tous les goûts grâce aux 10 thématiques qui rythmaient la conférence, comprenant 2 à 3 sessions chacune (oui, 36 sessions sur 3 jours ! Un petit jeu sur le badge des participants nous aidait d’ailleurs à faire notre choix)

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Des envies et des objectifs communs

La conférence MyData, c’est avant tout un programme collaboratif et ouvert. Qui le souhaite peut proposer un sujet, une session, un intervenant via un formulaire (“call for proposal”) disponible plusieurs mois avant l’événement. Sur la base de ces propositions, l’équipe éditoriale de la conférence (dont la Fing fait partie) a élaboré plus d’une dizaine de thématiques : RGPD (Règlement Général sur la protection des données personnelles) ; Consentement ; Design ; Éthique ; …

Imaginez un peu : à un mois de l’événement nous étions 120 à faire partie de l’équipe de programmation, soit en tant qu’organisateur d’une thématique, d’une session, comme intervenant, comme animateur, comme assistant ou encore en qualité de conseiller ponctuel.

Cette conférence, c’est donc l’occasion d’échanger régulièrement, plusieurs mois avant l’événement, sur l’organisation des 3 jours, certes, mais aussi sur des sujets de fonds. De confronter nos expériences, nos attentes et de créer des synergies nouvelles. C’est ça la communauté MyData. On s’y perd un peu sur Slack, Trello et dans les mails parfois, si nos raisons sont différentes (militantisme pour certains, recherche de position stratégique, de nouveaux marchés pour d’autres, etc), nous sommes tous là avec un objectif, changer de paradigme : un modèle où les données personnelles sont entre les mains des individus qu’elles concernent.

> Une gouvernance qui se solidifie
“Avons-nous avancé en un an ?” C’était le titre de l’intervention d’introduction à Tallinn par Antti Poikola d’Open Knowledge Finland, l’un des acteurs les plus actifs derrière MyData. Sans surprise, nous avons encore du chemin à parcourir. Mais la naissance d’un réseau et sa solidification nous permettent d’envisager la suite plus sereinement. Des organisations en Espagne, au Brésil, au Japon, en Italie, au Danemark, en Suisse, en Estonie, en Finlande et, bien sûr en France – via la Fing – se reconnaissent dans les mêmes valeurs et principes. Suffisamment pour se regrouper sous la bannière “MyData”. C’est la naissance des “Local Hubs” : chacun porte, via des publications, des expérimentations, des projets de recherche, le message d’un nouveau modèle de gestion des données personnelles. La plupart de ces hubs locaux, rejoints par des complices ou curieux, se retrouvent lors de rencontres trimestrielles à travers l’Europe. Depuis la fin 2015, tous les trois à quatre mois, entre 30 à 50 acteurs du milieu – depuis de grandes organisations privées et publiques jusqu’aux startups qui proposent des outils pour que les individus soient maîtres de leurs données – se sont retrouvés à Bruxelles, Paris, Helsinki, Londres, Berlin, Tallinn, et bientôt, le 23 novembre prochain, à Aarhus au Danemark (les rencontres sont bien évidemment ouvertes. Inscription ici). L’occasion d’échanger, de partager nos avancées et pourquoi pas de monter des projets ensemble. Ce sont ces rencontres qui ont donné naissance à la MyData Declaration : un texte qui clarifie les principes qui nous rassemblent, que chacun peut signer, en son nom ou au nom de son organisation et qui permet d’affirmer publiquement notre engagement et notre réseau. La gouvernance de ce réseau se concrétise à grands pas. A terme cela nécessitera la création d’une organisation légère qui jouerait un rôle de fédérateur, d’attracteur de nouveaux projets et de porte-voix pour ses membres.

> Un concept qui grandit
La conférence MyData de l’année dernière s’était conclue par la synthèse de Valérie Peugeot, qui nous a permis de pointer certaines limites. A travers la sémantique employée (“MyData”, the” internet of me”, “the person is the platform”,  “API of me”, “Me-ecosystem”), les participants s’étaient beaucoup focalisés sur l’individu, en oubliant souvent l’aspect collectif des données et la nécessité de penser les données personnelles comme un outil d’empowerment individuel oui, mais également social. Cette année, ce sujet a été beaucoup évoqué, amenant de nouveaux acteurs et de nouveaux enjeux à la communauté. Contrairement à l’année précédente, de nombreux territoires étaient par exemple présents. La session “National Governments moving towards Mydata” a permis de pointer vers plusieurs projets : en Islande, avec le travail réalisé par l’Etat autour des données de santé ; en Finlande avec l’agence publique pour les transports sur les données de mobilité ; ou à Barcelone avec le Decode Project (multipartenarial). La thématique “Our Data”, inédite cette année a également permis d’évoquer cette question sociale et sociétale de l’économie de la donnée au travers d’interventions sur la souveraineté des données, les communs des données, ou encore la notion de group privacy par Linette Taylor, qui a fait sensation. Vous pourrez retrouver très bientôt sur ce blog deux articles “MyData : un empowerment individuel ou collectif ?” pour explorer plus en détail ces aspects.

> Le consentement, des progrès notables ?
Sujet phare de la communauté MyData depuis ses débuts, la question du consentement n’a pas fait défaut cette année. Le “Self Data” suppose que les individus puissent exprimer leurs préférences et leur volonté quant à l’usage des données personnelles qu’ils détiennent désormais, vis-à-vis des applications qu’ils choisissent d’utiliser et auxquelles ils choisissent de soumettre certaines données, sous certaines conditions. Or le soin apporté au recueil du consentement est souvent délaissé actuellement, les Conditions Générales d’Utilisation (CGU) ne représentent pas, dans la plupart des cas, un véritable choix pour l’utilisateur. Comment permettre aux individus de contrôler ce qui est fait de leurs données ? Une thématique entière était dédiée à ce sujet lors de la conférence, au titre sans équivoque : “Making Consent work”. Le prochain article “Retour sur MyData 2017” se propose donc de se concentrer sur les nouvelles contraintes juridiques autour du consentement (présentes dans le Règlement Général sur la protection des données personnelles – RGPD), sur les multiples solutions présentées lors de la conférence et essaie de prendre un peu de recul sur le sujet grâce aux différentes interventions sur ce thème.

> Des cas d’usage plus aboutis
Le concept Self Data/MyData s’explique rarement mieux qu’avec un exemple. Il nous a donc semblé nécessaire dès le début de la mise en oeuvre du programme d’avoir une thématique entière consacrée au cas d’usages et surtout au partage d’expérience. Nous avons donc demandé à la communauté MyData élargie de soumettre les exemples qui leur semblaient les plus emblématiques, les plus avancés ou encore les plus prometteurs. Nous avons eu un nombre impressionnant de suggestions, et avons sélectionné un petit échantillon d’une dizaine de porteurs de projet, chercheurs, startupers qui ont “pitché” leurs cas d’usage en 7 minutes chacun (vous pouvez retrouver les vidéos des présentations sur ce lien). Trois gagnants ont ensuite été désignés par le public pour mettre en avant l’aspect concret de MyData. Ils sont révélateurs du contexte actuel, de notre point d’avancement et de la diversité des acteurs de la communauté : Enedis, le principal distributeur d’électricité en France met en place les canaux de transmission pour permettre aux individus de transmettre leurs données de consommation (compteurs connectés Linky) à des services tiers qui leur fourniront ensuite une valeur d’usage sur ces données ; Digime, une startup de gestion de ses données personnelles propose un espace d’administration de ses données de santé ; Andy Brooks, un chercheur de l’université de Californie, Berkeley a étudié l’entreprise finlandaise Suunto (objets connectés) et l’environnement très “MyData” qu’elle a conçue il y a plus de 10 ans. Ces trois gagnants et dix use cases ne représentent cependant qu’une petite partie des cas d’usage du mouvement. Nous avons profité de la conférence pour afficher un segment plus large via une cartographie collaborative designée par le média “Internet of Me” et basée sur une version initiale publiée par la Fing en ligne. Elle reprend les 7 domaines d’usage qui ont été conçus pendant l’expérimentation 2013 de MesInfos, enrichie de 150 services, prototypes ou concepts qui démontrent que nous pouvons déjà faire des choses avec nos données.

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(En ligne : http://mesinfos.fing.org/cartographies/usecases/)

Encore quelques malentendus à dissiper

> L’inévitable question de la “propriété des données”
Comme l’année dernière, nous avons sursauté lorsque nous avons entendu à de multiples reprises des phrases du type “les individus sont propriétaires de leurs données”, “il faut que les individus soient propriétaires de leurs données”… Comme nous le défendons dans MesInfos depuis le début, pour nous la question de la propriété n’est pas la bonne. Les données sont co-produites : par les organisations et par les individus. La question importante est donc la question de l’usage : les organisations peuvent déjà faire usage de nos données, il serait plus symétrique que nous disposions du même pouvoir. Le postulat de la propriété des données est d’ailleurs potentiellement dangereux, car il supposerait que les données personnelles puissent être un bien cessible… ce qui reviendrait à dire que les individus pourraient abdiquer de leurs droits sur leurs propres données.

> Un problème de sémantique et de cadrage ?
Nous l’avons vu, l’utilisation du terme MyData avait déjà prêté à confusion l’année dernière : quid de l’aspect social et collectif des données personnelles ? Ne mettons-nous pas trop l’accent et la responsabilité sur les individus ? Le “my” n’évoque-t-il pas trop la propriété ? Concept trop précis pour certains, trop large pour d’autres, le périmètre de MyData peut prêter à confusion (c’est  d’ailleurs l’une des raisons pour laquelle nous utilisons de notre côté le terme Self Data, plus inclusif). Certaines des initiatives présentées lors de la conférence n’étaient pas forcément très compatibles avec ce que nous mettons derrière le terme. Comme avec la conférence d’introduction par Siim Sikkut, le Chief Information Officer d’Estonie, présentant les multiples services numériques utiles aux citoyens mis en place par le gouvernement, sans jamais parler d’asymétrie informationnelle ou de consentement. Ou avec certaines présentations qui se concentrent sur la question de l’utilité des données personnelles agrégées et comment inciter les individus à les partager le plus possible. Ou encore la présence de quelques “databrokers” qui permettent aux individus de vendre leurs données personnelles, faux amis qui maintiennent un statu quo intenable. Bref, une représentation du concept parfois peu complémentaire avec la vision d’un monde où l’individu serait maître de ses données, dans le respect de sa vie privée. La multiplication des termes et éléments de langage autour du sujet n’aide d’ailleurs pas à sa prise en main par les acteurs et par les individus. Cette question fera l’objet d’un autre article de notre série “Retour sur MyData 2017”.

> RGPD : la star du show
Le RGPD (Règlement Général sur la protection des données personnelles) était sur toutes les lèvres des participants et sur la majorité des kakémonos de startups et entreprises présentées dans le hall principal. Si partout ailleurs il inquiète, à MyData 2017 il a été de nombreuses fois vu comme un levier d’innovation – particulièrement l’article 20 sur la portabilité, permettant aux individus d’’”emporter” leurs données. Il a cependant été malmené lors de nombreux ateliers et présentations, montrant encore une fois à quel point le sujet est sensible et demande un débat constructif et informé. Débats qui ne sont pas étrangers dans MesInfos, nous ayant même conduits à lancer un projet séparé pour faciliter la mise en oeuvre du droit à la portabilité (Rainbow Button / Datacess). Il est fort probable que l’année prochaine nous aurons un retour sur cette thématique, le règlement prenant effet fin mai 2018 ; seulement trois mois se seront écoulés, mais peut-être disposerons-nous déjà de cas et expériences relatifs à l’application du droit à la portabilité ?

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Un chemin à construire

Ces quelques lignes ne représentent qu’une infime partie de tous les échanges qui ont eu lieu à MyData 2017. Les articles suivants iront plus loin sur la question du consentement, de l’aspect social des données et de la sémantique au sein du mouvement MyData, mais certaines thématiques telles que le design, les avancées techniques, l’éthique, les modèles de revenus, toutes évoquées pendant la conférence n’en sont pas moins importantes. Une chose est sûre : nous avons besoin de les explorer de manière collective, et le réseau MyData, qui fête tout juste ses deux ans, est un vecteur idéal pour cela.





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MyData 2017 – 30 août au 1er septembre – Tallinn & Helsinki

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